La différence entre la druidesse et la sorcière.

 

 

 

Ou, encore mieux, quelle est la différence entre le druidisme et la sorcellerie? Je vais par contre me raccrocher aux termes druidesse et sorcière, car je tente par cet article de briser les stéréotypes se rattachant à la druidesse, car oui il existe une différence entre la sorcière et la druidesse ou entre les druides et sorciers. Je constate qu’il existe beaucoup de confusion et de fausses conceptions  entre les deux. J’utilise le terme sorcière tout en sachant qu’il existe plusieurs types de sorcières, qu’il existe des sorcières qui sont wiccanes, des wiccanes qui ne sont pas sorcières, des sorcières athées, des sorcières chrétiennes, des sorcières païennes et non païennes, des sorcières lucifériennes,  des sorcières éclectiques, etc. Il y a le nouveau terme  de basic witch qui est récemment apparu, alors que ce n’est qu’un  »remake » de ce que prônait Laurie Cabot dans son livre The witch in every woman en 1997. En écrivant ce billet, je concentre mon attention sur la sorcière traditionnelle et la basic witch et non sur la sorcière à vocation sacerdotale. Ceci dit, je n’ai rien contre les sorcières.

Je me décris en tant que sorcière animiste et naturaliste. Je me sens pourtant, druidesse, bena-druuis et j’étudie consciencieusement et pratique la tradition celtique depuis quelques années de façon autonome, avec l’aide des enseignements de la Kredenn Geltiek Hollvedel, des travaux du druide Boutios et de d’autres druides(esses) qui rejoignent mes idées. Je ne suis plus dans la Wicca depuis plusieurs années, dans laquelle j’ai été adepte-assistante de la grande prêtresse pendant 3 ans dans un coven de tradition éclectique,  mais je n’ai jamais été initiée en tant que prêtresse. Les notions en général de cette religion  ne s’accordent vraiment plus avec ma perception. J’ai alors choisi le druidisme qui me fascinait depuis longtemps déjà. Le druide autrefois incarnait tous les rôles importants (sauf celui de roi, ce titre lui étant interdit) et moi je ne suis ni juge, ni médecin, ni enseignante. Ce qui reste du druidisme est le bardisme, donc la poésie et les mythes, et un peu de la médecine des plantes et les méthodes d’augures des uates. Les femmes druidesses avaient toutefois des rôles différents des druides, elles étaient plus douées pour la guérison, le shapeshifting et l’art de la prophétie/divination entre autres. Nous ne trouvons aucunes sources dans l’histoire mentionnant des druidesses dirigeant un sacrifice. Donc, leurs fonctions étaient plutôt similaires à ce que les sorcières d’aujourd’hui font. Je peux dire que je suis druidesse, car j’oeuvre essentiellement dans la tradition celtique, je suis celtisante et druidisante, mais je préfère ne pas utiliser ce titre. La société celtique n’est plus et les rôles de juges, médecins, enseignants, etc, ne peuvent plus être exercés par la classe sacerdotale (les druides), mais ils le sont par des professionnels dans un état laïque.  Je suis une intuitive, je pratique l’Imbas (inspiration poétique), je suis dévote de la Lune, du Soleil, des étoiles, des arbres, du Ciel, des Mers et de la Terre, le regard attentif aux changements du cycle des saisons, je suis proche de la Nature. Cependant, aujourd’hui nous sommes tous des néo-druides et néo-païens, nous ne sommes plus dans le même contexte de vie que les païens d’autrefois, mais nous pouvons dire que nous essayons de notre mieux de perpétuer les vieilles traditions de nos ancêtres d’âme et de sang. 

Au fil de mes recherches et de mon propre cheminement, je constate les variantes de qualificatifs appartenant aux titres de sorcière et de druidesse. Il est vrai que les deux ont des similitudes d’activités et de rites, et j’admets que cela peut être aussi du cas par cas, mais je le répète, je vais généraliser et vous laisser vous en faire votre propre opinion. Ceci dit, voici mes constations  là-dessus. J’ai souvent entendu ou lu que si vous croyez au petit peuple des fées et lutins, que vous pratiquiez l’herboristerie et la magie verte, que vous aimiez les arbres (quel païen ne les aime pas de toute façon), vous étiez faites pour être druidesse ! Tout d’abord, pour ce qui est de l’herboristerie, la médecine des herbes était certes une connaissance des druides, mais cet aspect n’en ai qu’une infime partie de la doctrine des druides et cela ne fait de personne une druidesse ! Pour ce qui en est des fées, les druides ne généraient et n’alimentaient pas ces croyances engendrées par les petits gens du peuple, car ces hommes savants admettaient plutôt le fait de l’immortalité de l’âme, donc de l’existence des esprits et de leur interaction avec les êtres de chaire. Ils entretenaient alors un culte des ancêtres, d’où la vénération des crânes, faisant office de sorte de réceptacle de l’âme du défunt et de conseiller. Le concept des fées est plutôt une perversion opérée par le christianisme, c’est-à-dire que lorsque l’on parlait de ban drui, ban sidh, etc, on parlait alors simplement de druidesses, non de fées ou de quelconque femmes fantomatiques de l’Autre Monde. Le christianisme a fait d’elles de simples fées ou magiciennes tentatrices et mal intentionnées envers les hommes, voire la Fée Viviane par exemple. 

J’enchaîne premièrement avec ce que je considère comme les attributs et pratiques de la sorcière qui la différencie de ceux de la druidesse. Comme son titre l’indique, la sorcière pratique la sorcellerie comprenant des sortilèges et des prières ou incantations, basés sur des croyances folkloriques issues du territoire d’où la sorcière est native, ou même basés sur des croyances empruntées à d’autres peuples. On peut décrire une sorcière de façon générale comme suit: une personne assumant un savoir ou pouvoir prophétique, magique et herboriste. Par exemple, la sorcellerie afro-américaine dites hoodoo entre autres est particulièrement à la mode chez les sorcières caucasiennes. Lorsqu’elle ritualise, la sorcière fait appel à des esprits des lieux si elle est en extérieur, à des esprits en général, à des dieux païens de diverses traditions ou fera ses demandes à la Divinité Universelle ou au Diable si elle y croit. La sorcière traditionnelle n’est le plus souvent pas gouvernée par une religion organisée, mais suit une tradition culturelle qu’elle affectionne. Tout est question de croyance personnelle. Certaines sorcières seront athées et diront ne faire affaire avec aucune entités spirituelles, ne travaillant qu’avec les énergies en elles ou les entourant, ou avec les éléments eau, feu, air, terre. Ces sorcières sont dites sorcières élémentales ou praticiennes de magie naturelle. L’adage de la Wicca est :  »Fais ce que tu veux, à condition de ne nuire à personne, incluant toi-même. » Pour ma part, je trouve cet adage bien libre d’interprétation quant à ce qui est bon ou mauvais pour les autres ou soi-même et pourrait tout autant être compris comme  »Fais n’importe quoi. » J’en viendrais par la suite à l’opposition de la druidesse face à cette règle et l’attitude adoptée en contrepartie. Pour y revenir, ce n’est pas tous les pratiquants de la sorcellerie qui utilise cet adage, car comme je l’ai dit, tous ne sont pas wiccans. Mais ce que j’en retire de mes observations, c’est que la plupart des sorcières (surtout traditionnelles), font de la sorcellerie dans un désir de puissance, d’accroissement de la confiance personnelle, d’émancipation en tant que femme sauvage et libre ne rendant de compte à personne (cela joue sur l’ego parfois…), beaucoup pour faire des demandes et des changements dans leur vie. Plusieurs sorcières font office de  »Cunning folk » comme ont dit dans la  »traditional witchcraft » et réalisent des sortilèges, charmes en tout genre pour les clients qui viennent les voir. Cela peut être fait sans scrupules et contre le libre-arbitre des gens (exemple : charme de  »brise couple » demandé par une tierce personne à l’insu d’un couple), et encore cela dépend du choix de comportement adopté par la sorcière si elle préfère suivre la voie du positif ou du négatif ou un entre deux. Philip Carr Gomm (druide leader de l’OBOD) disait une fois dans le livre de la Renaissance Druidique qu’il voyait autour des wiccans une aura rouge dorée et autour des druidisants une aura verte. Je vous laisse méditer sur ce que cela peut signifier à propos de ces gens…

Il existe toutes sortes de sorcières et toutes sortes de personnes… Dans cette idée, je vous mentionne les prêtresses d’Avalon, cette île métaphorique. Marion Zimmer Bradley nous a fait rêver avec ses hypothèses féministes romancées sur ces femmes se détachant des druides quelque peu mysogynes du Vernemeton, les quittant pour cette île brumeuse pour y honorer la Grande Déesse. Cette belle épopée a inspirée la création de la tradition Avalonienne, un mélange de la tradition galloise, des mythes arthuriens proto-bretons, de la Kabbale, un petit peu de druidisme, de féminin sacré, et de magie cérémoniale occidentale. J’en viens donc au titre de prêtresse. Ce titre est prit par les sorcières ou wiccanes se sentant choisies par la Déesse ou ce titre leur est donné car elles sont initiées ainsi dans un coven après avoir accompli les 3 degrés de la Wicca. Ces femmes prêtresses se rapprochent plus quant à moi du cheminement spirituel des druidesses, et ces femmes œuvrent effectivement dans le souhait de l’amélioration personnel spirituel et dans le cheminement de la guérison, de l’éducation dans leur communauté et c’est tout à leur honneur ! D’ailleurs, ce rapprochement entre le but de la prêtresse et de la druidesse est dû à l’idéologie Gardnérienne de la dites Wicca.

Nous voici arrivés à la druidesse. Ce qui catégorise celle-ci est que sa pratique est plutôt basée sur la communion divine, sur la recherche constante de la sagesse et la connaissance, la hauteur des pensées et l’élévation spirituelle, la dévotion envers la Divinité, une recherche profonde de la pureté et de la lumière inspiratrice. Je ne dis pas qu’aucune sorcière n’a ces ambitions-ci et je ne souhaite pas offenser ou descendre quiconque en exprimant ces mots, sachez-le bien, mais s’il est vrai que les néo-sorcières de l’époque de Gardner ce sont élevées vers la sacerdoce nous devons observer de nos jours une dégénération sacerdotale, puisque cette notion est grandement négligée par plusieurs cercles modernes. Or, le chemin du druidisme est ainsi : Recherche, Savoir, Sagesse. L’on pourrait dire que ceci en est l’adage, tout comme celui-ci : Amour, Force, Sagesse, qui sont les trois manifestations primitives de la Divinité. L’adage de la druidesse est plutôt de oeuvrer dans le vrai, car dans le druidisme il n’est pas question de bien ou de mal, mais plutôt de vrai ou de faux, d’où la recherche incessante du savoir. Le druidisme prône la vérité et la beauté. Contrairement à la sorcière, la druidesse ne fait pas de sortilège pour demander des faveurs personnelles à la Divinité. La druidesse va toutefois demander de la guidance ou de la force à la Divinité ou à ses esprits guides et les Ancêtres, et ce sera à coeur ouvert lors d’une libation ou par la prière. Elle pourrait aussi opérer un rituel afin d’apporter des bienfaits à sa communauté. Le druidisme est le travail et l’étude de toute une vie, le but étant d’atteindre la lumière du Uindobitu (Gwenwed ou Monde Blanc) dans la pureté. On mentionne dans les mythologies celtiques que les dieux (qui étaient tous druides eux-mêmes) pratiquaient la magie. En accord avec cela, la druidesse n’oriente néanmoins pas centralement sa pratique sur la magie, bien qu’il peut y en avoir et elle sera toujours en lien avec les dieux ou l’Être Suprême (Uxellimos). Elle se concentre plutôt sur les rites quotidiens de dévotions aux divinités et pour entretenir le lien existant avec les esprits et les ancêtres, et de l’observance du calendrier druidique des fêtes celtiques. La pratique de la divination et des augures est effectivement exercée par les femmes dans le druidisme, voire la légende des prêtresses de l’Île de Mona, ces femmes vêtues de noir entretenaient la triple fonction : sacerdotale, guerrière, producteur. Et il nous est aussi permis de penser qu’elles étaient représentatives de la création même de toutes les conceptions de la société celtique, à commencer par l’inauguration des rois pendant le solstice d’hiver lors la cueillette du gui. Elles symbolisaient l’ouverture du monde physique sur le monde spirituel, elles étaient les porte-parole du Sedos (Sidhe, Autre Monde, Monde de Paix). Leur rôle était d’ordre réceptif liturgiquement parlant, tandis que le rôle des hommes était actif. En d’autres termes, ce sont elles qui gouverne le terrain de jeu des druides. Il n’est pas évident pour les chroniqueurs de l’Antiquité de constater de façon rationnelle ce fait en raison que les druidesses étaient dans l’arrière-plan pendant que les druides battaient le fer. La mission en bref de la druidesse aujourd’hui est la transmission de la voie de la sagesse de la tradition celtique comme ce le fut autrefois, de ses mythes et de leurs messages, dans le beau, le vrai, et dans une intention noble et humble. La druidesse se veut une gardienne des légendes et traditions de son propre coin de pays, une connaisseuse des secrets de la Nature de son terroir et celle qui entretien une relation avec les Esprits de ces lieux. Elle entretien le Feu Sacré de la parole, son moteur constant est Recherche, Savoir, Sagesse et elle nourrit le souvenir des dieux anciens et des Ancêtres tous les jours.

Nous pouvons aussi comparer la druidesse au magicien versus la sorcière et pour expliquer cette comparaison, voici une citation de Jean Markale de son livre Les mystères de la sorcellerie:

 »On a d’abord tendance, dans tous les milieux sociaux et culturels, à utiliser indifféremment  les termes  »sorciers » et  »magiciens ». Or, il ne s’agit nullement de la même discipline: la Magie est un authentique système philosophique concernant la causalité et la finalité de l’univers, tandis que la sorcellerie n’est qu’un ensemble de pratiques soi-disant efficaces, mais limitées à des buts immédiats, sans aucune référence à un ordre cosmique. Si le magicien s’efforce de comprendre et d’expliquer l’univers pour influer sur lui, le sorcier se borne à utiliser des forces invisibles, en lui ou en dehors de lui, afin d’aboutir à un résultat précis, généralement très matériel. »

Donc, on peut voir aussi une similitude dans les pratiques de la druidesses avec celles du brahman en Inde, qui pratique des rituels pour entretenir l’ordre du cosmos.  Néanmoins, la frontière entre les deux disciplines, Magicien (Druide) et Sorcier,  est souvent imprécise. 

Bref, le druidisme est une religion organisée et la sorcellerie non. Mais peu importe ce que vous êtes, sorcière, druidesse, prêtresse, connaissez bien votre tradition et faisons l’effort pour pleinement incarner ce rôle plutôt que de vivre son Moi dirigé par l’ego dans le quotidien. Il est dit aussi dans la sagesse druidique : Être avant de paraître !

 »Seduo in Nemesu – are talamuni – talamuni uo nemesu ac nertis papebo. »

(Paix dans le ciel, sur la terre, terre sous le ciel et force à tous!)

Brixtasulis Lubionaca

RECOMMANDATIONS DE LECTURES:

Pour les origines de la Wicca et un peu d’éclaircissement au sujet de la sorcellerie:

Bonewits’s essential guide to Witchcraft and Wicca.

Le livre des Ombres Gardnérien traduit par Les Portes du Sidh

Gerald Gardner et la Whitecroft Line par Tof, Gerald Gardner et la New Forest par Tof, Le culte des sorcières par  Gerald Gardner (vous pouvez les trouver sur lulu.com)

Le druidisme:

Bonewits’s essential guide to Druidism

Les Druides de Christian-J. Guyonvarc’h

The Sacred Cauldron par  Tadhg MacCrossan

*La première image de la fille dans les feuilles est une oeuvre de Magdalena Korzeniewska et la deuxième provient de la couverture d’album de Zephyrous-Everlasing fire.

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