Veille de la flamme de Brigantia

Il y a plusieurs mois, j‚Äôai inclus dans ma pratique spirituelle quotidienne le Flametending ou Veille de la Flamme de Brighid/Brigantia. Je souhaitais par cette exp√©rience m‚Äôaccorder un peu plus avec l‚Äô√©nergie de cette divinit√©, explorer plus profond√©ment les qualit√©s de cet arch√©type du divin f√©minin. Devenue moi-m√™me m√®re, je vois cette d√©esse d‚Äôun nouvel oeil, et pas seulement cette d√©esse, mais la divinit√© et la phase m√®re m‚Äôapparaissent aussi dans une nouvelle perspective que je n‚Äôavais pas auparavant. Comme quoi, on ne comprend pas r√©ellement une √©tape de la vie tant qu‚Äôon ne l‚Äôa pas¬†v√©cue. Elle couvre parfaitement et compl√®tement toutes les valeurs qui me tiennent √† coeur et Elle incarne les id√©aux que je souhaitent atteindre dans ma vie surtout en tant que m√®re. Avant de vous parler de mon exp√©rience personnelle pour ce premier Flametending,¬†laissez-moi d‚Äôabord vous introduire dans l‚Äôhistoire de cette ancienne tradition. Ce n‚Äôest pas parce que l‚Äôon est pa√Įen qu‚Äôil faut omettre¬†Sainte Brigit de l‚Äôhistoire, car elle est un √©vh√©m√©risme de la d√©esse Brighid. Malgr√© la conversion au christianisme, Brighid a √©t√© continuellement appr√©ci√©e de ses fid√®les et a poursuivie son existence sous un autre visage, ainsi, il faut se pencher aussi sur ses qualit√©s et son r√©cit. En Irlande, les monast√®res et ermitages se sont √©tablis en 400 apr√®s J.-C. et Saint Patrick implanta officiellement l‚Äô√Čglise Catholique en 432. .

Selon le¬†Rennes Dinnsenchus, on y dit que Brigit √©tait une ban-drui (druidesse) avant de se convertir au christianisme. On raconte qu’elle est n√©e en l’an 455 apr√®s J.-C. √† Faughart, pr√®s de Newry, Co. Down. Son p√®re y est identifi√© comme druide du nom de Dubhtach (ou chef de clan selon la version, car une fois les textes retranscrits par les moines, on y d√©peignait souvent les druides comme de m√©chants acheteurs d’esclaves!),¬†et il avait pr√©dit qu’elle devait s’appeler Brigit, comme la d√©esse car elle serait sa plus grande servante. Sa m√®re est une femme celte esclave pr√©nomm√©e¬†Broicsech. Sa naissance et son √©ducation sont impr√©gn√©es de symbolisme druidique car on relate que sa m√®re lui donna naissance en passant le seuil de sa maison au lever du soleil (principe celtique de liminalit√©). Le seuil de la maison est un entre deux mondes dans la tradition celtique, elle n’√©tait ni √† l’int√©rieur de la maison, ni √† l’ext√©rieur, √† la fois dans le monde et √† la fois pas dans le monde. Aussit√īt n√©e, sa m√®re la baigna dans le lemlacht, le nouveau lait de vache encore chaud qu’elle venait tout juste de traire. Brigit ne¬†voulait √™tre¬†nourrit que par le lait d’une vache blanche aux oreilles rouges (caract√©ristiques des cr√©atures¬†de l’Autre Monde).¬†Lorsqu’elle dormait, elle rayonnait tellement que la chaumi√®re semblait en feu! On accorde √† cette Brigit des exploits¬†miraculeux tels que changer l’eau d’un puits en bi√®re, ou augmenter la quantit√© de nourriture notamment le beurre et le bacon. Sans compter sa grande g√©n√©rosit√© envers les plus d√©munis.

Brigit refusait tout pr√©tendant et pr√©f√©rait¬†une vie au service du monde dans le besoin, c’est pourquoi elle choisit la vie de nonne et devint chr√©tienne. Elle et huit autres femmes all√®rent √† la rencontre de l’√©v√™que Mael d’Ardagh pour prononcer leurs voeux en tant que nonnes.¬†Brigit¬†et ses soeurs fond√®rent son premier √©tablissement religieux¬†dans le comt√© de Kildare, Kildare est dit Cill Dara en ga√©lique irlandais, qui signifie l’√Čglise du Ch√™ne. Brigit en √©tait l’Abbesse. Elles √©taient au nombre de 19 nonnes, plus Brigit, et veillaient sur un feu sacr√©. La vingti√®me nuit, c’√©tait sainte Brigit qui veillait. Lorsqu’elle mourut en l’an 525 apr√®s J.-C., une des nonnes qui veillait le feu laissa une b√Ľche √† c√īt√© de celui-ci la vingti√®me nuit et dit:  »C’est votre nuit Brigit, veillez sur le feu. » Le lendemain, on trouva la b√Ľche en train de se consumer et le feu raviv√© comme jamais. Voil√† pourquoi lors du Flametending nous disons qu’au vingti√®me jour c’est la d√©esse Brighid elle-m√™me qui vient veiller la flamme.¬†Le soleil √©tant le symbole de la d√©esse Brighid, on le retrouvera plus tard en la croix de Sainte Brigit. En effet, la croix de Sainte Brigit n’est rien d’autre qu’une reprise du swastika, symbole de la roue solaire. On retrouve les swastikas en tant que symbole solaire √† travers le monde Indo-Europ√©en essentiellement et ce symbole a probablement atteint l’Irlande entre le 2i√®me si√®cle avant l’√®re commune et le 2i√®me si√®cle de notre √®re, donc l’√©poque de La T√®ne. Les croix de Sainte Brigit sont encore utilis√©es de nos jours pour prot√©ger les r√©coltes et les animaux de la ferme.¬†Le feu est li√© √† Imbolc car on relate une tradition connue en Irlande et en √Čcosse qui s’appelle  »le feu du besoin », o√Ļ les gens √©teignaient le feu dans leurs chemin√©es pour aller ensuite chercher une braise des grands feux allum√©s par les druides sur les collines pour retourner rallumer leurs feux de chemin√©e avec cette braise. Donc feu et lait sont li√©s √† Imbolc.

On retrouve dans le Trias Thaumaturgae, un ouvrage sur les saints de l’Irlande √©crite en 1642¬†par un professeur de th√©ologie du nom de Sean Colgan, l’histoire de Brigit comme d√©crit pr√©c√©demment. L’ennuie avec cet ouvrage, c’est qu’on y relate en g√©n√©ral les vies de druides ou de pa√Įens celtes, se faisant soient ch√Ęti√©s de leur peuple pour cause d’une infraction commise ou pour une autre raison, se faisant sauver par des chr√©tiens pour finir par se convertir au christianisme eux-m√™me. Ils retournent aussi souvent se venger des druides en arborant pourtant des pouvoirs semblables aux druides, mais qui l√† seraient des dons de Dieu maintenant qu’ils sont chr√©tiens. Cela pour dire que cet ouvrage est assez insultant pour le paganisme celtique, car il relate tout simplement l’assimilation des celtes au christianisme et la destruction finale des druides. Il faut bien comprendre que les histoires des suppos√©s Saints qui y sont racont√©s sont des r√©appropriations des mythes celtiques, une assimilation¬† sournoise pour remplacer le paganisme. L’√©glise catholique comporte ainsi de nombreuses racines pa√Įennes et s’en trouve f√Ęch√©e qu’elles refassent surface dans nos consciences. Je ne vous dis pas de cracher sur Sainte Brigit, bien qu’elle ne soit qu’une parcelle infime de ce que repr√©sente La Tr√®s Haute, Brigantia, Brigindo. Comme le veut le bon vieux principe d’√©vh√©m√©risme, Brigit peut redevenir elle-m√™me, c’est-√†-dire Brigantia/Brighid, la D√©esse M√®re des Celtes, l’Attribut Divin qui nous incite √† aspirer √† la puret√©, √† l’illumination et √† l’√©l√©vation de l’esprit dans la transcendance. Aspirer √† notre excellence. Whitley Stokes, un √©rudit du 19e si√®cle nous la d√©crit dans un texte de 1862 comme Brigit la po√©tesse, ces deux soeurs sont Brigit la gu√©risseuse et Brigit la forgeronne. Ces trois qualit√©s sont quelque peu r√©ductrices de sa Vaste Grandeur, mais nous pouvons les voir comme des aide-m√©moire des √©tapes conduisant √† cette puret√© et √©l√©vation qu’Elle repr√©sente.¬†

Brighid (prononcer Breed ou Bride ou Brid-gh√© en irlandais) est une d√©esse solaire, car contrairement aux principes wiccans erron√©s, les dieux et les d√©esses indo-europ√©ennes sont luni-solaires en g√©n√©ral. Les dieux celtes sont particuli√®rement repr√©sent√©s avec les cheveux en feu, une colonne de lumi√®re sur la t√™te, ou le visage ensoleill√©, on les appelle souvent  »the shining ones » ou  »the high ones ». Avec la christianisation, le feu de la d√©esse Brighid s’est transpos√© sur Sainte Brigitte, tout comme ses cheveux, son manteau de lumi√®re recouvrant Kildare, celui-ci n’√©tant qu’une m√©taphore de la lumi√®re du soleil des dieux lorsqu’ils d√©couvrirent l’Irlande, cette lumi√®re chassant les t√©n√®bres (Fomoire) aux limites de l’Irlande. Brighid fit cela avec son manteau et Sainte Brigit fit de m√™me √† Kildare.

On nous dit dans l’ouvrage The lives of Saint Brigit qu’il y a eu plusieurs Brigit, pas une seule. Pr√®s de Kildare, avant la construction de l’abbaye Cill Dara (√©glise du Ch√™ne), il y avait la Civitas Brigitae (Ville de Brigit) comme l’appelait les romains, o√Ļ se trouvaient un ancien site religieux pa√Įen Dun Ailinne, o√Ļ l’on a retrouv√© comme preuves arch√©ologiques des traces de fondations, o√Ļ il y aurait eu d√©j√† l’entretien d’un feu perp√©tuel, bien avant celui de Kildare. Un culte √©tait donn√© par une druidesse du peuple des Brigantes et honoraient Brigantia, l’√©quivalent gaulois de Brighid. Chaque druidesse en chef de ce culte se faisait appeler Brigit ou Brighid, car elle √©tait consid√©r√©e comme sa repr√©sentation sur terre. Il y eu plusieurs Brigit jusqu’√† la construction de Kildare, o√Ļ un jour la nouvelle abbesse qui se fit rebaptiser Brigit selon la tradition se converti au christianisme. Elle fit des demandes pour avoir l’Ordo, le livre officiel de pri√®re de Rome, mais ne l’obtenu jamais ou l’on raconte que quelqu’un lui donna une copie falsifier, c’est pourquoi les rites pratiqu√©s √† Kildare n’√©taient jamais les m√™mes que le reste de l’√Čglise romaine. Donc, Brigit pour les druidesses, pr√™tresses et abbesses n’est qu’un titre qui se transmis jusqu’√† cette derni√®re. Une mani√®re √† double tranchant pour honorer la d√©esse Brighid au d√©but et pour finir par la d√©tourner et en faire des identit√©s s√©par√©es.

Avant le christianisme,¬†dans une partie du territoire occup√© des tribus europ√©ennes Brigantes se trouvant dans le comt√© de Kildare,¬†on dit qu’une grande pr√™tresse honorait la d√©esse Brigantia, d√©esse ancestrale de ces tribus. Le fait de veiller sur une Flamme √©ternelle est bien un principe Indo-Europ√©en, car le feu est l’√©l√©ment central de tout rite Indo-Europ√©en, celui-ci repr√©sentant l’incarnation du Divin sur Terre. Et puis, pour comparer, on trouve aussi ce culte chez les Vestales √† Rome et chez les pr√™tresses vierges de l’√éle de Sein. On retrouve aussi cette pratique √† Bath dans le comt√© de Somerset chez les pr√™tresses de la d√©esse Sul, ou Sulis Minerva chez les Romains, d√©esse patronne des eaux thermales gu√©risseuses. Avec le temps, les pr√™tresses furent remplac√©es par les nonnes √† Kildare, comme je l’ai √©cris plus haut, o√Ļ la Veille de la Flamme se perp√©tuait. ¬†√Ä Kildare, il y avait des nonnes mais aussi des moines. Bien que les moines avaient un √©v√™que pour les surveiller, Brigit √©tait l’Abbesse en chef au-dessus de tous¬†et cela choquait l’√Čglise catholique. Les hommes autant que les femmes allaient lui demander guidance spirituelle et conseils, mais seules les femmes avaient le droit de veiller sur la Flamme sacr√©e, honorant cette tradition datant bien avant le¬†christianisme. Alors l’√©v√™que ordonna l’extinction de la Flamme. M√™me si elle fut rallum√©e, Henri Vlll d’Angleterre l’a d√©truite lors de ses purges. En 1807, Daniel Delany, √Čv√™que de Kildare et Leighlin en Irlande, invita six femmes √† former une communaut√© religieuse √† Tullow, Co. Carlow, le premier F√©vrier. Il les nomm√®rent les Soeurs de Sainte Brigid. Il cr√©a aussi un an plus tard une communaut√© d’hommes qu’il nomma Les Fr√®res de Saint Patrick ou les Patriciens.¬†√Ä Imbolc 1993, les Soeurs Brigidines rallum√®rent la Flamme √† Kildare et au m√™me moment au Canada, en harmonieuse co√Įncidence, les Daughters of the Flame rallum√®rent sa Flamme. La Flamme de Brighid est encore allum√©e √† Imbolc tous les ans dans les anciennes fondations de la petite chapelle o√Ļ veillaient sur le feu autrefois les nonnes et les p√®lerins peuvent venir allumer une petite chandelle √† ce feu pour ramener chez soi la lumi√®re de Brighid. Aux √Čtats-Unis, entre autres, il y aussi des groupes comme le Cauldron Cill (groupe compos√© de gens qui se relaient en  »shifts » de 24 heures pour veiller la Flamme), le¬†Nigheanan Br√¨ghde Order of Brighidine Flametenders, le Clann Bhride et le¬†Ord Brighideach International, ce dernier dont je fais partie.

De nos jours, les gens qui honorent Brighid choisissent pour recevoir ses b√©n√©dictions ou pour √™tre inspir√©s de ses belles √©nergies, font la Veille de la Flamme de Brighid soit pendant 19 jours cons√©cutifs ou en groupe o√Ļ les gens se relaient aux 24 heures, et l’on d√©bute du coucher du soleil jusqu’au coucher du soleil suivant. Pour ma part, au d√©but je ne faisais pas partie d’un groupe et je veillais la Flamme pendant 19 jours. Ceci √©tant une exp√©rience d’introspection, j’ai choisis de¬†commencer le lendemain de la pleine lune, lorsque la lune d√©cro√ģt. C’est aussi pour symboliser que l’esprit commence dans la mort. Au fil des 19-20 jours, bien entendu la lune va cro√ģtre lors des derniers jours, l’esprit renaissant √† la lumi√®re alors que sa Grande M√®re Brighid/Brigantia Elle-m√™me viendra veiller la Flamme dans toute sa splendeur et apportant ses b√©n√©dictions au foyer. Bon, je l’ai r√©p√©t√© maintes fois lors de mon Flametending, je n’ai pas pu avoir beaucoup de moments de pri√®res et de moments de contemplation de la Flamme.¬†Au d√©but, j’avais¬†souvent affaire √† mon b√©b√© qui pleurait le soir au coucher et qui ne faisait presque pas de siestes dans la journ√©e! Alors voil√†, lors de la¬†premi√®re fois, je n’ai pas eu d’exp√©rience spirituelle intense et profonde. ¬†Ce que j’ai par contre constat√©, c’est un alignement spirituel r√©gulier et agr√©able, branch√© sur des pens√©es plus positives et une douce force int√©rieure constante.¬†La fa√ßon la plus s√©curitaire pour faire le Flametending est d’allumer une vraie bougie que l’on garde pr√®s de soi (laisser une bougie allum√©e sans surveillance est dangereux et irrespectueux √† cette action sacr√©e) et quand on quitte la maison ou si on va au lit pour la nuit, une bougie DEL sur l’autel fait bien l’affaire. J’ai toujours malgr√© tout pris le temps de faire une pri√®re d’allumage de la bougie chaque matin et une pri√®re le soir au moment de l’√©teindre. Gardez en t√™te lors de cette exp√©rience que le principe du Flametending est l’√©l√©vation de soi et la transcendance.¬†

Adal Othala

Suggestion de lecture: The serpent and the goddess par Mary Condren

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